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CODIR

Les erreurs de recrutement de CTO qui coûtent 18 mois

Rémi Alvado
Rémi AlvadoCTO & CPO Fractional · 20 ans d'expérience
Publié le•5 min de lecture

Cinq erreurs de recrutement de CTO vues de près, et ce que chacune coûte vraiment en délai et en refonte. Pour les repérer avant de signer.

Les erreurs de recrutement de CTO qui coûtent 18 mois

Un recrutement de CTO raté ne se voit presque jamais le jour de la signature. Il se voit six mois plus tard, quand la roadmap patine, que les premiers développeurs partent ou qu'un investisseur pose une question à laquelle personne ne sait répondre. À ce moment-là, le coût est déjà engagé, et il ne se compte pas seulement en salaire.

Les erreurs de recrutement de CTO les plus coûteuses : recruter le profil d'une autre phase, confondre CTO et lead dev, évaluer au feeling, négliger l'alignement avec les fondateurs, laisser le CTO seul à son arrivée. Chacune se paie tard : entre recrutement, échec constaté et remplacement, il n'est pas rare de perdre 12 à 18 mois.

Ce sujet s'inscrit dans un chantier plus large, décrit dans le guide pour construire son équipe tech et produit. Pour la méthode positive, étape par étape, voyez comment recruter un CTO. Ici, on regarde l'envers : ce que j'ai vu mal tourner, et pourquoi.

Cinq erreurs, de poids très inégal

Toutes ces erreurs n'ont pas le même coût. La première est de loin la plus fréquente et la plus chère, parce qu'elle contamine tout le reste : l'équipe recrutée, les choix techniques, la relation avec les fondateurs.

01

Recruter le CTO d'une autre phase

Le cas typique : une startup de cinq personnes, avant le product-market fit, recrute un CTO issu d'une scale-up de deux cents salariés. Sur le papier, c'est rassurant. Dans les faits, il arrive avec les réflexes de son ancien contexte : process, outillage, architecture pensée pour une charge que le produit n'a pas, recrutements de spécialistes. Un fondateur que j'accompagnais a vu son CTO passer ses huit premiers mois à reconstruire une plateforme « propre » pendant que le produit n'évoluait plus. L'inverse existe aussi : un CTO « premier dev », excellent pour le MVP, promu à la tête d'une équipe de trente personnes qu'il n'a jamais appris à manager. Dans les deux cas, ce n'est pas la personne qui est mauvaise, c'est l'adéquation entre son profil et votre phase. Les quatre grands profils sont décrits dans les différents types de CTO.

02

Confondre CTO et lead dev

On cherche en réalité quelqu'un qui code vite et bien, on lui donne le titre de CTO pour attirer, puis on attend de lui une vision, du recrutement et une présence au CODIR. Déception des deux côtés.

03

Juger au feeling

Sans regard technique extérieur, le fondateur non technique retient le candidat le plus à l'aise à l'oral. L'aisance ne dit rien de la capacité à tenir une production ou à arbitrer une dette.

04

Négliger l'alignement avec les fondateurs

Qui tranche en cas de désaccord sur la roadmap ? Quelle part du capital, avec quel vesting ? Tout ce qui n'est pas dit avant la signature ressort au premier conflit.

05

Laisser le CTO seul à son arrivée

On a mis quatre mois à le trouver, on souffle, et on le laisse découvrir seul le code, le prestataire, l'équipe et les attentes du board. Sans objectifs clairs pour ses premiers mois, sans sparring-partner, il remplit le vide avec ce qu'il connaît, et les malentendus s'installent en silence. Un bon recrutement peut échouer sur une intégration bâclée : je détaille ce qu'il faut lui donner, et quand, dans intégrer son premier CTO en 100 jours.

Un point commun relie ces cinq erreurs : elles sont presque toutes commises quand le fondateur mène seul un recrutement dont il ne maîtrise pas le métier. Ce n'est pas un reproche. On ne recrute un premier CTO qu'une ou deux fois dans sa vie, alors qu'un CTO expérimenté en a vu passer des dizaines.

Ce que ces erreurs coûtent vraiment

Le salaire versé est la partie visible, et c'est rarement la plus lourde. Le vrai coût est fait de mois perdus et de travail à refaire. Les ordres de grandeur ci-dessous sont ceux que j'observe le plus souvent : ils varient beaucoup selon la taille de l'équipe et la vitesse à laquelle le problème est reconnu.

ErreurQuand ça se voitCe que ça coûte le plus souvent
CTO d'une autre phaseEntre 6 et 12 moisUne refonte ou une architecture à simplifier, des recrutements inadaptés
Confusion CTO et lead devEntre 3 et 9 moisUne direction technique absente, un départ ou une rétrogradation
Évaluation au feelingEntre 3 et 6 moisUn nouveau recrutement complet, souvent 4 à 6 mois
Alignement fondateurs négligéAu premier désaccord fortUn conflit d'associés, parfois une sortie coûteuse du capital
Intégration bâcléeEntre 2 et 6 moisUne période d'essai qui échoue, et tout le recrutement à refaire

Additionnez les étapes d'un scénario courant : quatre à six mois pour recruter, six à neuf mois avant d'admettre que ça ne fonctionne pas, puis un nouveau recrutement. On arrive vite à 12 à 18 mois de retard sur la roadmap, sans compter les développeurs qui partent pendant la période de flottement. C'est ce même ordre de grandeur que je retrouve dans combien coûte vraiment un CTO quand on intègre le risque d'échec au calcul.

La refonte, le coût caché qui dure le plus longtemps

Parmi tous ces coûts, la refonte mérite une mention à part. Un CTO recruté à contretemps prend des décisions techniques qui lui survivent : une stack choisie par préférence personnelle, une architecture dimensionnée pour une charge imaginaire, un outillage que personne d'autre ne sait maintenir. Quand il part, son successeur hérite de ces choix, et doit décider entre les assumer ou les défaire.

Défaire prend du temps, parfois plusieurs trimestres, pendant lesquels le produit évolue peu. Assumer coûte aussi : chaque nouvelle fonctionnalité paie la complexité inutile. C'est pour ça qu'une erreur de recrutement de CTO se ressent bien après le départ de la personne concernée.

Éviter ces erreurs sans devenir expert

Rien de tout cela n'exige d'apprendre la technique. Trois réflexes suffisent à écarter l'essentiel des risques. D'abord, vérifiez que c'est le bon moment : beaucoup de recrutements ratés sont en réalité des recrutements trop précoces, un sujet que je traite dans quand recruter un CTO dans une startup. Ensuite, décrivez le profil par ce qu'il devra décider dans ses douze premiers mois, pas par une liste de technologies. Enfin, faites évaluer la partie technique par un pair expérimenté, extérieur au processus, qui n'a rien à gagner à ce que tel ou tel candidat soit retenu.

Et si l'erreur est déjà faite, ne la laissez pas s'installer. Plus le constat est tardif, plus la note grimpe. La manière de traverser un départ sans casser l'équipe est décrite dans les 90 jours après le départ d'un CTO.

Et maintenant ?

Où en êtes-vous ?

Choisissez la situation qui vous ressemble. Pour chacune : ce que je vous conseille de lire, et ce que je peux faire avec vous.

  1. Personne en interne ne sait arbitrer la technique

    Les choix se prennent sans vous, et vous en découvrez les effets après coup.

  2. Mon prestataire est le seul à connaître mon produit

    Personne en interne ne sait reprendre le code ni les serveurs.

  3. Je dois recruter mes premiers profils techniques

    Le premier recrutement conditionne tous les suivants.

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