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IA agentique : trois exemples d'agents qui tournent

Rémi Alvado
Rémi AlvadoCTO & CPO Fractional · 20 ans d'expérience
Publié le•6 min de lecture

Trois agents qui tournent vraiment : prospection, contenu, astreinte. Ce qu'ils font seuls, ce qu'on leur refuse, et la mécanique commune aux trois.

IA agentique : trois exemples d'agents qui tournent

La plupart des articles sur l'IA agentique vous proposent des cas d'usage. Un cas d'usage, c'est une idée que personne n'a encore fait tourner un lundi matin. Je préfère vous montrer trois agents qui travaillent vraiment sur mes projets, avec leurs limites et surtout ce qu'on leur a interdit.

Un exemple d'IA agentique, c'est un agent qui travaille sur un périmètre précis (prospection commerciale, production de contenu, surveillance d'infrastructure) avec un déclencheur, une liste d'outils autorisés, et une frontière nette entre ce qu'il décide seul et ce qu'il remonte. Les trois que je décris partagent la même mécanique : seuls le domaine et le déclencheur changent.

La mécanique est la même, c'est le déclencheur qui change

Un agent, quel que soit son sujet, tient en quatre pièces : un objectif écrit, une liste d'outils qu'on lui ouvre explicitement, une boucle qui lui permet d'agir puis de lire le résultat avant de recommencer, et une mémoire où il retrouve ce que le projet sait déjà. J'ai détaillé cette anatomie dans ce qu'il y a vraiment dans un agent IA. Ce qui distingue mes trois agents, c'est le déclencheur : le premier démarre quand je lance une session, parce que la prospection est une décision commerciale qui m'appartient ; le deuxième sur un créneau du plan éditorial ; le troisième sur une alerte, à n'importe quelle heure. Ce choix n'est pas un détail d'implémentation : c'est lui qui fixe combien de temps s'écoule avant qu'un humain relise le travail.

Un agent de prospection qui ne contacte personne

Le premier tourne sur mon activité commerciale, en deux temps. Dans la première passe, il lit tout mon pipeline CRM pour savoir qui s'y trouve déjà, y compris les entreprises refusées par le passé, puis cherche sur le web des sociétés correspondant à mes critères : levées récentes, absence de CTO identifié, équipe technique en croissance, secteurs que je connais. Il me les présente une par une, avec le raisonnement qui l'a mené jusqu'à elles, et j'accepte ou je refuse. Rien n'entre dans le CRM sans mon aval.

La deuxième passe ne porte que sur ce que j'ai accepté. Il creuse : qui dirige la technique, la taille réelle de l'équipe, les postes ouverts, et surtout le point de douleur précis où j'apporterais quelque chose. Il en tire une demande de connexion courte et un message de suivi, consigne sa recherche dans la fiche entreprise, puis s'arrête. Il n'envoie rien, n'automatise aucun contact, et a l'interdiction formelle d'inventer un nom, un chiffre ou une levée qu'il n'a pas vérifiés. C'est moi qui écris sur LinkedIn, à partir de son travail, en le modifiant quand il sonne faux.

« La bonne question n'est pas ce dont l'agent est capable, mais ce qu'il peut casser sans qu'on puisse le défaire. »

Un agent qui tient un plan éditorial de bout en bout

Le deuxième travaille sur ce blog, et son périmètre est le plus large des trois. Il part d'un plan éditorial versionné dans le dépôt, qui associe à chaque créneau un sujet et un angle. Quand le créneau arrive, il rédige l'article, pose les liens internes, génère et téléverse l'image d'en-tête, puis fait tourner ses contrôles. Il a aussi une routine du lundi : relire les données de recherche de la semaine et proposer, non pas de nouveaux articles, mais des consolidations de ceux qui existent. C'est souvent la décision la plus utile, et celle qu'un humain remet à plus tard.

Ses interdits sont nés d'erreurs réelles. Il ne peut lier que des pages déjà en ligne : un lien vers un article pas encore publié le ferait découvrir par Google en 404, et c'est arrivé. Il ne publie pas non plus : la mise en ligne est datée et passe par une release, ce qui me laisse une fenêtre de relecture. Enfin, un garde-fou automatique refuse son travail s'il y glisse certains marqueurs de texte généré, parce qu'il en remettait malgré la consigne écrite. Cette dernière barrière résume le sujet : la consigne ne suffisait pas, il a fallu un mécanisme.

Une astreinte qui travaille la nuit et rend des comptes au matin

Le troisième est le seul à se déclencher sans moi. Une alerte tombe depuis la supervision de mon cluster, un démon local l'écoute et lance une session d'agent dans le dépôt Git de l'infrastructure. L'agent diagnostique, corrige s'il peut le faire de façon réversible, vérifie que sa correction a produit l'effet attendu, et laisse un rapport que je lis le lendemain. Il ne se déclenche pas en semaine aux heures de bureau : en journée je suis là, et je préfère regarder moi-même. J'ai raconté comment cette astreinte est montée et ce qu'elle a réellement traité, incidents compris.

Son enclos est entièrement technique, et c'est le point important. Son compte de service peut lire largement mais n'écrit que ce qui se défait : relancer un pod, relancer un travail planifié. Supprimer un volume lui est refusé par le serveur d'API, pas par une phrase dans son prompt. Tout correctif passe par un commit, donc auditable et annulable, et un plafond de coût l'empêche de tourner en rond. Quand il doute de la réversibilité, il escalade, ce qui veut dire que mon téléphone sonne. Le meilleur comportement que je lui aie vu, c'est le jour où il a conclu qu'il n'y avait rien à faire et qu'il l'a dit.

Ce qu'aucun des trois n'a le droit de faire

C'est la partie que les articles sur l'IA agentique escamotent, et pourtant celle qui décide du sérieux du dispositif.

AgentDéclencheurCe qu'il fait seulCe qui lui est refusé
Prospectionune session que je lancerecherche, qualification, rédactioncontacter quiconque, écrire au CRM seul
Contenuun créneau du plan éditorialrédaction, liens, image, contrôlespublier, lier une page inexistante
Astreinteune alerte, hors heures ouvréesdiagnostic, correctif réversibledétruire de la donnée, agir en cas de doute

La colonne de droite dit la règle commune : le périmètre d'un agent se définit par ce qui est réversible, pas par ce qui est complexe. Un agent qui corrige la production la nuit sans barrière n'est pas un agent audacieux, c'est un incident qui attend son heure, et la différence ne se joue pas dans la qualité du prompt. Un prompt est une consigne, et une consigne se contourne quand elle gêne l'objectif. Une barrière, c'est le système qui refuse. S'il ne fallait retenir qu'une question avant de lancer un agent chez vous : quelle est sa pire action possible, et qui l'empêche ?

Ce que ces trois cas m'ont appris

Leur point commun n'est pas technique. Dans les trois, la partie difficile n'a pas été de brancher le modèle : elle a été d'écrire ce que je faisais déjà. Les critères qui font qu'une entreprise mérite d'être contactée, l'angle qui rend un article utile plutôt que générique, la frontière entre un incident que je traite moi-même et un incident qui peut attendre demain. Tant que ces choses vivent dans votre tête, aucun agent ne peut les reprendre. C'est pour ça que la mémoire écrite du projet compte davantage que le choix de l'outil, et que ces chantiers profitent d'abord aux humains qui arrivent.

Le second enseignement est plus inconfortable : les trois ont gagné en autonomie à mesure que je les regardais travailler, jamais avant. Ce n'est pas une question de confiance dans la technologie, mais de preuve accumulée sur un périmètre donné. Si vous voulez le panorama complet, le guide de l'IA agentique en entreprise rassemble tout au même endroit et je le tiens à jour.

Et maintenant ?

Où en êtes-vous ?

Choisissez la situation qui vous ressemble. Pour chacune : ce que je vous conseille de lire, et ce que je peux faire avec vous.

  1. Je veux mettre mes équipes à l'IA agentique

    Par où commencer, dans quel ordre, et avec quels garde-fous.

  2. Mes développeurs utilisent l'IA, sans que rien ne change vraiment

    Un gain réel, mais très en dessous de ce que la méthode permet.

  3. Mon entreprise doit se digitaliser, sans savoir par quel bout

    Commencer par ce qui rapporte, pas par l'outil le plus visible.

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