Pas de CTO, pas encore les moyens ni la certitude d'en recruter un, et pourtant un produit à faire avancer. C'est la situation de la majorité des fondateurs non techniques que je rencontre. Presque tous ont déjà un montage en place, souvent sans l'avoir vraiment choisi : un freelance ici, une agence là, un développeur qui tranche faute de mieux. La question n'est donc pas de savoir si l'on peut avancer sans CTO, mais si le montage que vous avez tiendra.
On peut faire avancer une startup sans CTO, et sans recruter, en répartissant son rôle sur trois étages : quelqu'un qui construit (un lead dev ou un freelance senior), quelqu'un qui décide (une direction technique externe quelques jours par mois) et des experts appelés au besoin. Ce montage tient jusqu'au product-market fit si chaque rôle est nommé et si vous gardez la main sur le code.
Le format de la direction technique externe est détaillé dans le guide du CTO fractionnel, et le choix entre freelance, fractionnel et CDI dans CTO freelance, fractionnel ou CDI : comment choisir. Ici, on regarde l'assemblage concret : qui fait quoi quand personne ne porte le titre.
Un CTO, c'est trois métiers qu'on peut séparer
Quand un fondateur me dit « je n'ai pas de CTO », il pense à un poste manquant. En réalité, il lui manque trois fonctions, et elles ne disparaissent pas parce que personne n'a été embauché pour les tenir. Il y a d'abord construire : écrire le code, livrer, maintenir. Ensuite décider : choisir la stack, arbitrer entre deux solutions, dire non à une fonctionnalité, recruter les premiers développeurs. Enfin sécuriser : la sécurité, la fiabilité, les données, ces sujets pointus qu'on ne croise pas tous les jours mais qui coûtent très cher le jour où on les rate.
Un CTO en poste cumule les trois. Sans lui, il faut les répartir. Le risque n'est pas l'absence de titre, c'est la fonction orpheline : celle que personne n'a reçue explicitement et qui finit tenue par défaut, par la mauvaise personne, ou pas du tout. Dans la plupart des montages bancals que je vois passer, c'est la fonction « décider » qui a été oubliée.
Les quatre montages que je rencontre le plus souvent
Le freelance seul
Tient très bien pour sortir un prototype ou un premier MVP sur un périmètre cadré. Casse dès que les choix deviennent structurants : il décide par défaut, sans que personne ne relise, et devient le seul à connaître le système. S'il part, la connaissance part avec lui.
L'agence seule
Tient pour livrer vite un périmètre défini, avec un interlocuteur unique. Casse sur la durée : vous achetez un résultat, pas une capacité, et vous n'avez personne pour juger si le devis, le rythme et la qualité sont normaux.
Le lead dev devenu CTO de fait
Tient sur la vitesse : il connaît le produit et l'équipe lui fait confiance. Casse sur tout ce qui n'est pas du code : recrutement, arbitrages stratégiques, questions des investisseurs. Il s'épuise, et le titre, une fois donné, se retire très mal.
Lead dev, direction externe, experts ponctuels
Le lead dev ou le freelance senior construit. Un CTO fractionnel décide, quelques jours par mois, et pilote les prestataires. Des experts interviennent sur un sujet précis (sécurité, données, infrastructure) puis repartent. Chaque fonction a un titulaire.
Les trois premiers montages ne sont pas des erreurs en soi : ils sont souvent la bonne réponse pendant quelques mois. Ils deviennent dangereux quand ils durent au-delà de ce qu'ils savent tenir. Le cas de l'agence, en particulier, est détaillé dans internaliser ou externaliser le développement.
Ce que chaque étage tient, et où il casse
Le quatrième montage n'est pas magique pour autant. Chaque étage a sa limite, et le garde-fou qui va avec.
| Étage | Ce qu'il tient | Où il casse | Le garde-fou |
|---|---|---|---|
| Lead dev ou freelance senior | Le rythme de livraison, la qualité du code | Les arbitrages hors code, le recrutement | Un périmètre écrit : il construit, il ne tranche pas seul |
| Direction technique externe | Les décisions structurantes, les prestataires | Les urgences du quotidien | Un rendez-vous fixe et un canal d'escalade clair |
| Experts ponctuels | Un sujet pointu, traité à fond | La vue d'ensemble, la continuité | Un livrable écrit, relu par la direction |
| Vous, fondateur | La propriété, les accès, l'arbitrage final | La tentation de trancher la technique au feeling | Tous les accès et tous les contrats à votre nom |
« J'avais trois prestataires plutôt bons, chacun sûr d'avoir raison, et personne pour me dire lequel écouter. »
Cette phrase résume la façon dont ce montage échoue le plus souvent : chaque étage fait correctement son travail, mais aucun ne tranche entre les autres. Trois avis compétents sans arbitre, c'est une décision qui retombe sur le fondateur, c'est-à-dire sur la personne la moins armée pour la prendre.
Trois règles pour que le montage tienne
La première : un seul arbitre, nommé. Ce n'est pas forcément la personne la plus présente, c'est celle qui a le mandat de trancher quand le lead dev et l'agence ne sont pas d'accord. Une direction technique externe joue très bien ce rôle, y compris face à un prestataire, ce que je raconte dans un CTO fractional peut-il piloter une équipe externalisée.
La deuxième : tout ce qui a de la valeur reste chez vous. Le dépôt de code, l'hébergement, les noms de domaine, les comptes des stores, les contrats de cession de droits. Dans un montage à plusieurs intervenants, chacun a naturellement tendance à ouvrir les comptes à son nom pour aller plus vite. Six mois plus tard, plus personne ne sait qui détient quoi, et c'est souvent pendant une levée qu'on le découvre.
La troisième : des décisions écrites. Un point technique à date fixe, une page par décision importante, avec ce qui a été choisi et pourquoi. C'est ce qui permet à un expert d'intervenir deux jours sans tout redécouvrir, et à un futur CTO d'arriver sans devoir faire de l'archéologie dans le code.
Le signal qu'il est temps de basculer
Ce montage est conçu pour une période où les décisions structurantes restent espacées. Il se fissure quand la technique devient un sujet quotidien : des décisions qui attendent chaque semaine le passage de l'arbitre, une équipe qui dépasse cinq ou six développeurs et réclame du management, un lead dev qui passe plus de temps à coordonner qu'à construire, une levée qui va financer une accélération que personne ne pourra piloter quelques jours par mois.
Deux ou trois de ces signaux ensemble, et il est temps de monter d'une marche, ce que je développe dans quand recruter un CTO dans une startup. Reste alors à choisir la forme, en arbitrant entre un CTO part-time et un cofondateur technique, puis à mener le recrutement lui-même, étape par étape, comme je le décris dans comment recruter un CTO. Un montage bien tenu a d'ailleurs un avantage décisif à ce moment-là : la direction externe connaît déjà le poste de l'intérieur, et peut écrire la fiche comme évaluer les candidats.
J'interviens comme CTO fractionnel pour tenir la fonction « décider » : arbitrer, piloter vos prestataires, sécuriser ce qui vous appartient, puis recruter l'équipe qui prendra le relais. Découvrez la création d'équipe tech et produit, ou réservons 30 minutes pour faire le point sur votre situation.
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Choisissez la situation qui vous ressemble. Pour chacune : ce que je vous conseille de lire, et ce que je peux faire avec vous.
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