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Ce que regardent les investisseurs en tech

Rémi Alvado
Rémi AlvadoCTO & CPO Fractional · 20 ans d'expérience
Publié le4 min de lecture

Avant le 1er RDV VC : ce qu'un fondateur doit avoir prêt et savoir raconter sur sa tech pour inspirer confiance dès le premier échange.

Ce que regardent les investisseurs en tech

Beaucoup de fondateurs préparent leur deck, leurs chiffres de marché et leur narratif business avec soin, puis se figent dès qu'un investisseur pose une question sur la technique. Pourtant, le premier rendez-vous avec un fonds n'est pas une due diligence : c'est un test de crédibilité. Et la partie tech de ce test se prépare, même quand on n'est pas soi-même technique.

Avant un premier RDV avec un VC, un fondateur doit savoir raconter clairement quatre choses sur sa tech : ce que le produit fait aujourd'hui, qui le construit, ce qui resterait à bâtir avec l'argent levé, et pourquoi cette base tiendra la croissance. Pas de jargon, pas de preuve exhaustive : un récit net qui montre que vous savez où vous en êtes.

Cet article est une étape amont. Il ne décrit pas le process d'audit technique, traité dans la due diligence technique : il prépare le fondateur à en parler bien avant qu'elle commence.

Le premier RDV teste la lucidité, pas la perfection

Au premier rendez-vous, personne ne va lire votre code. Ce qu'un investisseur jauge, c'est si vous savez où vous en êtes techniquement. Un fondateur lucide sur sa base rassure ; un fondateur qui récite des mots-clés inquiète.

Ce qu'un investisseur évalue au premier échange

C'est le point que je répète à tous les fondateurs que j'accompagne. L'investisseur cherche un signal simple : est-ce que cette personne maîtrise sa trajectoire technique, ou est-ce qu'elle a délégué sans comprendre ? Vous n'avez pas besoin de savoir coder pour réussir ce test. Vous avez besoin de savoir expliquer, en langage clair, ce que votre produit fait, ce qu'il ne fait pas encore, et comment vous comptez combler l'écart.

L'erreur fréquente est de surjouer la technicité pour impressionner. Un fondateur non-technique qui aligne des termes mal maîtrisés se fait repérer en quelques questions. La posture qui marche est inverse : assumer son non-savoir technique, mais démontrer qu'on s'est entouré et qu'on sait où va le produit.

Les quatre choses à savoir raconter

Voici la matière à préparer avant le rendez-vous. Quatre récits courts, que vous devez pouvoir tenir sans notes.

Ce qu'il faut raconterLa question implicite du VCLe signal à donner
Ce que le produit fait déjà« Est-ce que ça existe vraiment ? »Un produit qui tourne, des premiers usages réels
Qui le construit« Y a-t-il une vraie compétence tech ? »Une équipe ou un référent technique crédible
Ce qu'il reste à bâtir« À quoi sert mon argent, concrètement ? »Une feuille de route claire, pas une liste de rêves
Pourquoi la base tiendra« Est-ce que ça cassera à la croissance ? »Une conscience de la dette et un plan

Ces quatre récits forment un tout cohérent. Pris ensemble, ils racontent une trajectoire : voilà d'où on part, voilà qui tient le volant, voilà où on va avec votre argent, et voilà pourquoi ça ne se cassera pas en route. Un fondateur qui enchaîne ces quatre points sans hésiter envoie le signal le plus rassurant qui soit : il sait de quoi il parle.

Ce qu'il faut avoir prêt (sans en faire trop)

Au premier rendez-vous, on ne vous demandera aucun document technique. Mais en avoir préparé quelques-uns, simples, change votre posture : vous répondez aux questions au lieu de les esquiver. Voici le minimum utile, et le piège à éviter pour chacun.

Élément à avoir prêtForme suffisante au 1er RDVLe piège à éviter
Un schéma produit simpleUn diagramme d'une page : ce qui parle à quoiUn document de 40 pages que personne ne lira
Le « qui code »Statut des personnes clés, en interne ou pasFaire croire à une équipe étoffée inexistante
La feuille de routeLes 3 à 4 prochains jalons produitUne roadmap fourre-tout sans priorités
La conscience de la detteSavoir nommer 2 ou 3 sujets techniques à traiterAffirmer que « tout est propre » (jamais crédible)

Le fil rouge : la sobriété. Un investisseur expérimenté se méfie d'un fondateur qui prétend que tout est parfait, bien plus qu'il ne s'inquiète d'une dette technique assumée. Savoir dire « on a un sujet de scalabilité sur tel module, on le traitera avec l'argent levé » est infiniment plus solide que « notre architecture est irréprochable ». La lucidité est une compétence, et elle se voit.

Avoir un référent technique à citer

C'est souvent ce qui sépare un premier rendez-vous fluide d'un rendez-vous qui patine. Un fondateur non-technique qui peut dire « voici mon CTO » ou « je travaille avec un CTO fractional qui a préparé tout ça » répond à l'une des inquiétudes majeures du fonds : le risque que la tech soit une boîte noire. Vous n'avez pas besoin d'un CTO à plein temps pour lever en amorçage, mais vous avez besoin d'un interlocuteur technique crédible, en place avant les rendez-vous, pas recruté dans l'urgence quand la due diligence approche.

Ce référent joue deux rôles. Avant le rendez-vous, il vous aide à construire les quatre récits et à préparer les documents simples. Pendant la phase de due diligence, qui viendra si le courant passe, il devient votre interlocuteur face aux auditeurs. C'est précisément l'étape suivante, celle où l'on passe du récit à la preuve, et elle a ses propres règles que je détaille dans la due diligence technique.

Le réflexe de dirigeant avant de pousser la porte

Si je devais résumer : entrez dans ce premier rendez-vous en sachant raconter votre tech comme vous racontez votre marché. Pas en expert, mais en pilote lucide. Sachez dire ce que le produit fait, qui le construit, ce qu'il reste à bâtir et pourquoi la base tiendra. Préparez quelques documents simples, assumez vos zones d'ombre, et ayez un référent technique à citer. Ce niveau de préparation suffit à transformer la partie tech d'un piège en atout. Et avant même d'en arriver là, vérifiez que votre runway vous laisse le temps de lever sereinement, car un fondateur pressé prépare toujours moins bien.

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