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CODIR

CTO et CPO en désaccord : qui tranche ?

Rémi Alvado
Rémi AlvadoCTO & CPO Fractional · 20 ans d'expérience
Publié le•4 min de lecture

Arbitrage entre CTO et CPO : qui tranche en cas de désaccord, et le protocole en 4 étapes à écrire avant le premier conflit, pas pendant.

CTO et CPO en désaccord : qui tranche ?

Le CTO veut geler les livraisons pour stabiliser la plateforme. Le CPO a promis une fonctionnalité à trois clients pour la fin du trimestre. Les deux ont raison, et les deux se tournent vers le CEO. Ce désaccord n'a rien d'inquiétant, c'est même le signe que chacun fait son travail. Ce qui l'est, c'est de découvrir au moment de la dispute qu'aucune règle ne dit comment la clore.

Quand le CTO et le CPO sont en désaccord, c'est le propriétaire du sujet qui tranche : le CPO sur le quoi et l'ordre des priorités, le CTO sur le comment et le niveau de risque technique acceptable. Si le désaccord touche les deux à la fois, le CEO arbitre, sur la base d'options écrites et dans un délai fixé à l'avance.

La place de ce binôme dans l'organisation d'ensemble est décrite dans le guide pour construire son équipe tech et produit. Ici, on s'intéresse à un seul moment, celui où ils ne sont pas d'accord, et au protocole qui permet d'en sortir sans abîmer la relation.

Le désaccord est sain, c'est l'absence de règle qui coûte

Un CTO et un CPO ne regardent pas la même chose. L'un est garant de la faisabilité et de la pérennité, l'autre de la valeur et de l'usage. Leur friction est un mécanisme de contre-pouvoir : elle oblige à expliciter chaque arbitrage, en réunion et devant témoins, là où un CTPO le règle dans sa propre tête. Supprimer ce débat serait une erreur. Le laisser sans issue en est une autre.

Sans règle, trois scénarios s'installent. Dans le premier, le CEO arbitre tout, devient le goulot de l'organisation et tranche selon le dernier argument entendu. Dans le deuxième, le plus insistant gagne, et l'autre se désengage peu à peu, jusqu'à ne plus défendre son domaine. Le troisième est le plus coûteux : le sujet pourrit, personne ne décide, et les équipes reçoivent des consignes contradictoires.

Le lundi, le PO expliquait à l'équipe que la fonctionnalité passait avant tout. Le mardi, le CTO demandait de tout geler pour stabiliser. L'équipe a fini par choisir elle-même, au gré des couloirs.

un développeur, dans une scale-up où le CTO et le CPO ne se parlaient plus

Le protocole d'arbitrage en 4 étapes

Ce protocole s'écrit à froid, sur une page, et se valide à trois : CEO, CTO et CPO. L'écrire pendant un conflit ne marche pas, parce que chaque clause devient une manœuvre pour gagner le désaccord en cours.

Classer le désaccord : le quoi, le comment, ou les deux

Avant de débattre, on nomme la nature du sujet. Le quoi, ce sont les priorités, le périmètre d'une fonctionnalité, ce qu'on refuse à un client. Le comment, ce sont l'architecture, le niveau de qualité, la sécurité, la manière de rembourser la dette. Beaucoup de disputes se dissolvent à cette seule étape, quand chacun réalise qu'il parlait d'un sujet différent.

Attribuer un décideur par défaut à chaque catégorie

Le CPO tranche le quoi, le CTO tranche le comment. Les sujets mixtes, ceux qui engagent à la fois la stratégie, le budget ou une date promise à l'extérieur, remontent au CEO. Ce partage est écrit une fois pour toutes et ne se renégocie pas au cas par cas, sinon il ne protège plus personne.

Instruire en options écrites, pas en plaidoiries

Chacun rédige son option sur une demi-page : ce qu'elle coûte, ce qu'elle rapporte, le risque pris et ce à quoi on renonce. Le décideur tranche sur ces options, pas sur l'éloquence en réunion. L'exercice force les deux parties à chiffrer leurs arguments, et il arrive souvent qu'une troisième option, meilleure, apparaisse en les rédigeant.

Décider dans un délai fixé, puis s'aligner dehors

Le délai est connu d'avance, par exemple le prochain CODIR hebdomadaire. La décision est consignée avec ses raisons et, si elle a été contestée, avec une date à laquelle on vérifiera qu'elle tient. Puis celui qui a perdu la défend comme la sienne auprès des équipes. Sans cette dernière étape, les trois premières ne servent à rien.

La quatrième étape est celle qui se relâche le plus vite. Elle reprend une règle que je défends pour tout comité de direction, débattre dedans et s'aligner dehors, et que je détaille dans comment faire du CODIR un vrai organe de décision. Un CTO qui laisse entendre à son équipe qu'il n'était pas d'accord annule en une phrase tout le bénéfice du protocole.

Les trois désaccords qui reviennent le plus souvent

La dette technique contre la nouvelle fonctionnalité. C'est un sujet mixte, et c'est le plus récurrent. Plutôt que de le rouvrir à chaque sprint, décidez une fois par trimestre d'une part fixe de capacité réservée à la dette, souvent entre 15 et 20 % selon l'état du code. Le CTO décide de son usage, le CPO dispose du reste. Le débat n'a plus lieu qu'une fois par trimestre, au moment où il est utile.

La date promise à un client. Le CPO s'engage sur le périmètre, le CTO sur la faisabilité, et aucun des deux ne s'engage seul sur une date. La règle la plus simple que je connaisse : aucune date ne sort de l'entreprise sans l'accord explicite des deux. Elle évite l'essentiel des crises de fin de trimestre, celles où l'on découvre la veille qu'une promesse commerciale reposait sur une estimation que personne n'avait validée.

Construire ou acheter une brique. Le CTO instruit les options techniques, le CPO évalue ce que la brique change pour l'utilisateur, et le CEO tranche dès que le budget ou la dépendance à un fournisseur deviennent significatifs. Le bon critère n'est pas de savoir qui a gagné l'argument, mais quel est l'impact business de la décision, dans l'esprit de tech et produit comme centre de profit.

Quand le protocole ne suffit plus

Un protocole règle les désaccords ordinaires. Il ne répare pas une relation abîmée. Deux signaux doivent vous alerter : le CEO arbitre plus d'un sujet mixte par mois, ou le même désaccord revient sous des formes différentes. Dans les deux cas, le problème n'est plus de méthode. Soit les mandats se chevauchent et doivent être redécoupés, soit la confiance est rompue et un regard extérieur devient nécessaire. Quand le CTO et le CPO sont aussi associés, le conflit touche au capital et à l'histoire commune, un terrain que j'aborde dans répartir tech et produit entre cofondateurs.

Et maintenant ?

Où en êtes-vous ?

Choisissez la situation qui vous ressemble. Pour chacune : ce que je vous conseille de lire, et ce que je peux faire avec vous.

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