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CODIR

Répartir tech et produit entre cofondateurs

Rémi Alvado
Rémi AlvadoCTO & CPO Fractional · 20 ans d'expérience
Publié le•5 min de lecture

Répartition des rôles entre cofondateurs tech et produit : ce qui se découpe proprement, et la zone grise qui fait éclater les binômes.

Répartir tech et produit entre cofondateurs

Sur un tableau blanc, le partage paraît évident. L'un est « la tech », l'autre est « le produit », parfois « le business ». Chacun son terrain, et tout ira bien. Six mois plus tard, les deux associés se disputent sur une fonctionnalité, et aucun des deux ne sait dire qui avait le dernier mot. Ce n'est pas un problème de caractère : c'est un découpage qui a oublié l'endroit exact où les deux métiers se chevauchent.

Entre cofondateurs tech et produit, la répartition des rôles se découpe proprement sur l'expertise : architecture, stack et équipe technique d'un côté, clients, pricing et discours commercial de l'autre. Ce qui ne se découpe pas, c'est le périmètre du produit : quoi construire, dans quel ordre, avec quel niveau de qualité. Cette zone grise se gouverne à deux, par des règles écrites.

Ce découpage est la première brique de l'organisation que je décris dans le guide pour construire son équipe tech et produit. La mécanique juridique de l'association (vesting, clauses de départ, propriété du code) relève du pacte d'associés avec un cofondateur technique et d'un avocat. Ici, on parle de qui décide quoi au quotidien, pas de qui possède quoi.

Ce qui se découpe proprement

Certaines responsabilités ont un propriétaire évident, parce que l'expertise nécessaire est profonde et que le coût d'une erreur retombe dans le domaine de celui qui la porte. Ce sont celles-là qu'il faut attribuer en premier, nommément, sans laisser de doublon.

ResponsabilitéPortée parPourquoi le découpage tient
Architecture, stack, qualité du codeCofondateur techExpertise difficile à challenger de l'extérieur
Recrutement et management des développeursCofondateur techLa légitimité technique fait l'autorité
Sécurité, fiabilité, donnéesCofondateur techLe risque est technique, la décision aussi
Entretiens clients, connaissance du marchéCofondateur produitDemande du temps terrain, pas du temps de code
Pricing, positionnement, discours commercialCofondateur produitDirectement lié au marché et aux ventes
Relation investisseurs, recrutements hors techLe CEO désignéUne seule voix vers l'extérieur

La règle qui rend ce tableau utile : une ligne, un nom. Dès qu'une responsabilité est notée « les deux », elle n'appartient à personne. La dernière ligne mérite aussi une remarque. Même dans un binôme très équilibré, l'un des deux doit porter le titre de CEO et parler au nom de la société face aux investisseurs. C'est souvent le cofondateur produit, mais ce n'est pas une règle : c'est celui des deux qui a le goût et le talent de vendre l'entreprise, pas seulement le produit. Et si les deux casquettes reposent un jour sur une seule tête, on entre dans un autre équilibre, celui du CTPO.

La zone grise qui fait éclater les binômes

Deux disques translucides, violet et bleu, qui se chevauchent : leur zone de recouvrement figure la zone grise entre les rôles tech et produit

La zone grise, c'est tout ce qui touche au périmètre du produit. Quelle fonctionnalité construire ensuite. Ce qu'on refuse à un gros client qui menace de partir. Le niveau de finition exigé avant de mettre en ligne. Le temps consacré à rembourser la dette plutôt qu'à livrer du neuf. Le choix de développer une brique ou de l'acheter. Sur chacun de ces sujets, les deux cofondateurs ont une légitimité réelle, et c'est précisément pour ça qu'aucun découpage par expertise ne les règle.

« Toi le comment, moi le quoi » : la phrase qui ne tient pas

C'est le découpage le plus répandu, et il paraît imparable. Le cofondateur produit décide quoi construire, le cofondateur tech décide comment. Le problème, c'est que le quoi et le comment ne sont pas séparables. Une fonctionnalité qui coûte deux semaines vaut peut-être la peine, la même à quatre mois ne la vaut plus. Le coût change la décision produit, et l'intention produit change la solution technique. Un binôme qui applique ce découpage à la lettre finit par se renvoyer les arbitrages, chacun estimant que l'autre empiète sur son territoire.

Ce que j'observe dans les binômes qui éclatent, c'est rarement un désaccord de fond sur la vision. C'est une accumulation de petites décisions prises dans la zone grise par l'un sans l'autre : une promesse faite à un client sans vérifier la faisabilité, un refactoring lancé sans prévenir, une date annoncée au board. Chaque épisode est anodin. Au bout d'un an, chacun a le sentiment que l'autre décide dans son dos, et la confiance s'est usée sans qu'aucune dispute majeure n'ait eu lieu.

Trois règles pour gouverner la zone grise

Un décideur par défaut, sujet par sujet. On ne partage pas la zone grise en bloc, on la découpe finement. Par exemple : le cofondateur produit tranche l'ordre des priorités, le cofondateur tech tranche le niveau de qualité minimum avant une mise en ligne. Chacun sait qui décide si la discussion n'aboutit pas. La logique complète, avec la mise en forme des options et les délais de décision, est détaillée dans CTO et CPO en désaccord : qui tranche ?.

Un droit de veto borné pour l'autre. Le décideur par défaut n'est pas seul maître. Le cofondateur tech doit pouvoir bloquer une mise en ligne qui expose les données des clients, et le cofondateur produit doit pouvoir s'opposer à un chantier technique qui gèlerait les livraisons pendant un trimestre. Le veto est rare, motivé par écrit, et limité à des cas listés à l'avance. Sans cette borne, il devient un droit de blocage permanent.

Un rendez-vous de révision. Une répartition juste à trois personnes devient fausse à quinze. Revoyez-la à chaque étape : première levée, premier product manager recruté, passage d'une dizaine de salariés. L'arrivée d'un profil produit, en particulier, rebat les cartes sur qui porte la roadmap quand il n'y a pas de CPO, et il vaut mieux l'avoir anticipé à deux que le découvrir en réunion.

Le partage des rôles n'est pas celui du capital

Dernier piège, et non des moindres : confondre répartition des rôles et répartition des parts. Deux associés à 50/50 ne sont pas codécideurs sur chaque sujet, et un associé minoritaire peut tout à fait être le décideur final de son domaine. Mêler les deux conduit à des raisonnements dangereux (« j'ai plus de parts, donc je tranche la roadmap ») qui transforment chaque arbitrage opérationnel en question de pouvoir. Le montant de la part se discute selon d'autres critères, que je détaille dans quelle part d'equity donner à un CTO. Et si vous hésitez encore entre associer une personne technique ou faire appel à une direction technique externe, l'arbitrage est posé dans cofondateur technique ou CTO : cash contre dilution.

Et maintenant ?

Où en êtes-vous ?

Choisissez la situation qui vous ressemble. Pour chacune : ce que je vous conseille de lire, et ce que je peux faire avec vous.

  1. Personne en interne ne sait arbitrer la technique

    Les choix se prennent sans vous, et vous en découvrez les effets après coup.

  2. Mon prestataire est le seul à connaître mon produit

    Personne en interne ne sait reprendre le code ni les serveurs.

  3. Je dois recruter mes premiers profils techniques

    Le premier recrutement conditionne tous les suivants.

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