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Évaluer un développeur quand on n'est pas technique

Rémi Alvado
Rémi AlvadoCTO & CPO Fractional · 20 ans d'expérience
Publié le•5 min de lecture

Évaluer un développeur sans être technique : la grille d'entretien qu'un fondateur tient seul, et le test « v1 » qui révèle le niveau réel.

Évaluer un développeur quand on n'est pas technique

Vous avez devant vous un candidat développeur. Son CV aligne des technologies dont vous n'avez jamais entendu parler, et il décrit avec aisance des projets que vous ne comprenez qu'à moitié. Au bout d'une heure, vous avez un avis, mais vous seriez bien en peine de dire sur quoi il repose. Cette situation pousse la plupart des fondateurs non techniques vers l'une de deux erreurs : tout confier à un test qu'ils ne savent pas lire, ou trancher au feeling.

Pour évaluer un développeur sans être technique, jugez ce qui se lit sans code : sa façon de questionner le besoin, de prioriser, d'expliquer et d'admettre ce qu'il ne sait pas. Le meilleur outil est un test « v1 », où il vous présente comment il construirait la première version de votre produit. La qualité du code, elle, se fait relire par un pair.

Cette évaluation est une étape du processus complet, décrit dans recruter son premier développeur sans être technique, qui s'inscrit lui-même dans le guide pour construire son équipe tech et produit. La conception de l'exercice de code, celui que relit un développeur, est traitée dans les tests techniques en recrutement. Ici, on s'intéresse à la part de l'évaluation que vous pouvez tenir seul, et à la manière de la rendre fiable.

Ce que vous pouvez juger, et ce que vous ne pouvez pas

Soyons honnêtes sur la frontière. Vous ne jugerez pas la qualité d'un code, la pertinence d'un choix de base de données ou la solidité d'une architecture. Inutile d'apprendre trois questions techniques par cœur pour faire illusion : un candidat sérieux le sentira, et vous ne saurez pas interpréter sa réponse.

En revanche, vous êtes le mieux placé pour juger tout ce qui touche au produit. Dans une petite équipe, un développeur passe autant de temps à comprendre quoi construire qu'à le construire : il discute avec vous, arbitre, découpe, explique pourquoi une fonctionnalité prendra trois semaines et non trois jours. C'est exactement ce que vous vivez chaque jour avec vos clients et vos associés. Le principe est celui que je propose pour les entretiens de direction technique dans les questions à poser en entretien CTO : faire parler de situations réelles, puis creuser, plutôt que de tester des connaissances.

La grille d'entretien : six critères lisibles sans code

Chaque critère se travaille avec une question ouverte et une relance. Notez à chaud, de 1 à 3, en écrivant la phrase du candidat qui justifie la note. Sans cette trace écrite, c'est le dernier candidat vu, ou le plus charismatique, qui l'emporte presque toujours.

Il questionne le besoin avant la solution

Décrivez un problème de votre produit en deux phrases. Le bon candidat demande pour qui, pourquoi maintenant et comment on saura que ça marche avant de parler de technologie. Celui qui dégaine une stack dès la première minute construira vite, mais pas forcément la bonne chose.

Il sait couper

Demandez ce qu'il retirerait pour livrer deux fois plus vite. Une bonne réponse assume des renoncements précis et les justifie par l'usage. « Tout est indispensable » annonce des délais qui glissent.

Il explique sans jargon

Faites-lui expliquer un projet passé comme à un client. Si vous ne comprenez pas, votre équipe commerciale ne comprendra pas non plus. Le candidat qui cherche vos mots plutôt que les siens dialoguera bien avec vous.

Il parle de ce qu'il a livré

« Qu'as-tu livré dont des utilisateurs se servent encore ? » Écoutez si la réponse parle d'usage, de délais tenus, d'un problème résolu, ou seulement de l'élégance d'un outil. Les deux comptent, mais en startup le premier pèse plus lourd.

Il accepte la contradiction

Contestez calmement une de ses propositions. Vous cherchez quelqu'un qui argumente, puis ajuste ou tient bon avec des raisons. Se braquer ou céder immédiatement sont deux signaux à noter.

Il connaît ses limites

« Sur quel sujet aurais-tu besoin d'aide les premiers mois ? » Une réponse franche et précise vaut beaucoup plus qu'une assurance sans faille. Le développeur qui dit « je ne sais pas, je vérifierais comme ceci » vous évitera des surprises.

Aucun de ces critères n'exige de savoir coder, et pourtant ils couvrent l'essentiel de ce qui fait réussir ou échouer un premier développeur dans une petite structure. Ils prolongent les quelques questions d'entretien que je proposais dans composer sa première équipe tech après le MVP, en les rendant notables et comparables d'un candidat à l'autre. La technique pure viendra compléter, pas remplacer.

Le test « v1 » : l'exercice que vous savez corriger

Faire raconter la première version de votre produit

Envoyez au candidat, deux ou trois jours avant l'entretien, une page de contexte : le problème que résout votre produit, pour qui, ce qui existe déjà, et une contrainte ferme, par exemple « une première version utilisable en trois mois, avec une seule personne ». Pas de code demandé, pas de présentation léchée : une heure ou deux de réflexion suffisent. En entretien, il vous déroule en 45 minutes ce qu'il construirait en premier, ce qu'il laisserait de côté et comment il découperait les livraisons. Vous ne corrigez pas une copie technique : vous écoutez un raisonnement produit, et c'est un terrain sur lequel vous êtes compétent.

Une petite construction de blocs achevée à côté d'une structure plus grande, image d'une première version volontairement réduite

Pendant la restitution, cinq signaux se lisent sans aucune compétence technique. Le candidat commence-t-il par poser des questions sur les trous du dossier ? Sa première livraison est-elle quelque chose qu'un client pourrait réellement utiliser, ou une fondation invisible de plusieurs mois ? Dit-il clairement ce qu'il ne construira pas ? Donne-t-il des ordres de grandeur de délai assortis d'hypothèses, plutôt qu'une date ferme ou un refus d'estimer ? Et que se passe-t-il quand, à mi-parcours, vous annoncez que le délai est divisé par deux ? Le bon profil réajuste son plan et dit ce qu'il sacrifie. Le profil fragile défend son plan initial ou repart de zéro.

Un garde-fou : le cas doit porter sur une première version hypothétique ou déjà cadrée, jamais sur une fonctionnalité que vous comptez construire le mois suivant avec ses idées. Les bons candidats repèrent immédiatement le conseil gratuit déguisé, et ils ont raison de s'en méfier.

La variante pour les finalistes : une mini-mission payée

Quand deux candidats restent au coude à coude, une courte mission rémunérée, d'un ou deux jours, sur une petite fonctionnalité réelle et isolée, tranche souvent. Là encore, vous jugez ce qui se voit : la fonctionnalité marche-t-elle, a-t-elle été livrée au moment annoncé, le candidat a-t-il prévenu tôt quand il bloquait, explique-t-il ce qui reste à faire ? Le code, lui, est relu par votre pair technique. Ce format convient bien aux freelances et aux personnes disponibles, beaucoup moins à un salarié en poste : proposez-le, ne l'imposez pas.

Ce que la grille ne remplace pas

La grille et le test « v1 » vous rendent autonome sur une bonne moitié de la décision, pas sur toute. Un développeur peut raisonner juste et écrire un code impossible à maintenir : faites donc toujours relire un échantillon de son travail par quelqu'un dont c'est le métier. Prenez aussi deux références, dont une personne qui a travaillé à ses côtés au quotidien, et posez-lui une question précise plutôt qu'un « comment était-il ? ».

Gardez enfin en tête le biais inverse. Certains excellents développeurs sont peu à l'aise à l'oral face à un inconnu, surtout en début d'entretien. Si la grille est moyenne mais que le test « v1 » est solide, laissez-leur une seconde chance, par écrit ou dans un échange plus informel. Les signaux qui doivent vraiment vous arrêter sont d'une autre nature, et je les rassemble dans les red flags quand on recrute un développeur en startup. Pour replacer tout cela dans une trame d'étapes courtes, chacune avec sa décision, voyez structurer son process de recrutement.

Et maintenant ?

Où en êtes-vous ?

Choisissez la situation qui vous ressemble. Pour chacune : ce que je vous conseille de lire, et ce que je peux faire avec vous.

  1. Je dois recruter mes premiers profils techniques

    Le premier recrutement conditionne tous les suivants.

  2. Personne en interne ne sait arbitrer la technique

    Les choix se prennent sans vous, et vous en découvrez les effets après coup.

  3. Mon prestataire est le seul à connaître mon produit

    Personne en interne ne sait reprendre le code ni les serveurs.

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