Aller au contenu principal
CPO

Qui porte la roadmap quand il n'y a pas de CPO ?

Rémi Alvado
Rémi AlvadoCTO & CPO Fractional · 20 ans d'expérience
Publié le•5 min de lecture

Roadmap sans CPO : les 3 montages qui tiennent (fondateur, CTO, product manager mandaté), leurs limites, et celui qui échoue presque toujours.

Qui porte la roadmap quand il n'y a pas de CPO ?

Pas de CPO dans l'organigramme, et pourtant une roadmap à tenir. C'est la situation de la plupart des startups jusqu'à plusieurs dizaines de personnes, et elle n'a rien d'anormal : recruter un directeur produit trop tôt coûte cher et frustre tout le monde. Le problème n'est pas l'absence du titre. Le problème, c'est qu'une roadmap sans propriétaire ne reste jamais vide : elle se remplit des demandes de ceux qui parlent le plus fort.

Sans CPO, la roadmap peut être portée par le fondateur, par le CTO ou par un product manager senior explicitement mandaté. Les trois montages tiennent à une condition : une seule personne nommée, avec le droit de dire non. Celui qui échoue presque toujours, c'est la roadmap collégiale, où tout le monde contribue et personne ne tranche.

Ce choix n'est qu'une pièce de l'organisation d'ensemble, décrite dans le guide pour construire son équipe tech et produit. La méthode pour bâtir la roadmap elle-même (recueil des besoins, priorisation, Now / Next / Later) est dans construire une roadmap produit. Ici, une seule question : qui tient le crayon quand personne n'a le titre ?

Porter la roadmap, ce n'est pas la mettre à jour

Beaucoup d'équipes pensent avoir un propriétaire de roadmap parce que quelqu'un tient le tableau à jour. Ce n'est pas la même chose. Porter une roadmap, ce sont trois responsabilités qui ne se délèguent pas à un outil : décider de l'ordre, refuser ce qui n'entre pas, et rendre compte de ces choix au CODIR comme aux équipes. La première est visible, la deuxième est ingrate, la troisième est celle qu'on oublie. Une personne qui ajoute des lignes sans jamais en retirer n'est pas propriétaire, elle est secrétaire. C'est précisément ce trio que le CPO assume dans une organisation mature, comme je le décris dans ce qu'on doit attendre d'un CTO et d'un CPO. Sans CPO, ces trois responsabilités doivent atterrir chez quelqu'un de nommé, faute de quoi elles se dispersent entre plusieurs bureaux et ne sont plus tenues par personne.

Les trois montages qui tiennent, et celui qui casse

Avant le product-market fit

Le fondateur porte la roadmap

Le montage naturel des débuts : le fondateur connaît les clients, porte la vision et paie le prix des erreurs. Il casse quand son agenda se remplit de levée de fonds, de ventes et de recrutements, et quand la roadmap se met à suivre le dernier client rencontré plutôt que le marché.

Quand le produit est technique

Le CTO porte la roadmap

Solide pour un produit dont les utilisateurs sont eux-mêmes techniques (API, outils pour développeurs, infrastructure). Sa limite : la voix de l'utilisateur s'efface derrière ce qui est intéressant ou urgent à construire, et le CTO devient juge et partie sur la dette qu'il arbitre.

Le plus solide après le PMF

Un product manager senior mandaté

Un PM expérimenté, sans titre de directeur, mais avec un mandat écrit et soutenu publiquement par le CEO. C'est la meilleure préparation à l'arrivée d'un futur CPO. Il casse si le mandat reste oral : face au CTO ou aux ventes, un PM sans légitimité formelle perd chaque arbitrage.

La roadmap collégiale

Un comité produit où CEO, CTO, ventes et marketing décident ensemble. Rassurant, démocratique, et presque toujours voué à l'échec : la roadmap devient la somme des demandes de chacun, personne ne refuse rien, et personne ne répond des résultats.

Le choix entre les trois premiers montages dépend surtout de votre stade et de la nature de votre produit. Le quatrième ne dépend de rien : il échoue dans une startup de huit personnes comme dans une scale-up de cent. Et sa variante la plus fréquente est le CTO qui porte la roadmap sans l'avoir décidé, simplement parce qu'il est le seul à savoir ce qui est faisable. Il devient alors un CTPO de fait, avec les risques du cumul mais sans le mandat qui va avec.

Pourquoi la roadmap collégiale échoue presque toujours

Tout le monde sortait du comité satisfait. Et chaque trimestre, on livrait un peu de ce que chacun voulait, et rien de ce qui aurait changé la vie des clients.

un CEO de scale-up B2B, après un an de comité produit mensuel

Le mécanisme est toujours le même. Un comité ne priorise pas, il additionne. Chaque membre arrive avec ses urgences légitimes : les ventes ont un contrat à signer, la technique une dette à rembourser, le marketing un lancement à préparer. Pour que la réunion se termine bien, on donne un peu à chacun. Le résultat est une roadmap fragmentée, où aucun sujet ne reçoit assez d'effort pour produire un effet mesurable. Personne n'a menti ni mal travaillé, et pourtant le produit n'avance pas.

Le deuxième effet est plus sournois : l'absence de responsable. Quand une fonctionnalité ne produit rien, qui en répond ? Le comité, c'est-à-dire personne. Les arbitrages difficiles, eux, finissent quand même sur le bureau du CEO, mais tard, en urgence, et sans l'instruction qu'un propriétaire aurait préparée. Il ne s'agit pas pour autant de supprimer la collégialité. Collecter les besoins à plusieurs est indispensable, c'est même la première étape de toute bonne roadmap. Ce qui ne marche pas, c'est de décider à plusieurs. La contribution peut être collective, la décision doit avoir un nom.

Choisir son montage selon le stade

Avant le product-market fit, le fondateur est le meilleur propriétaire possible, à condition de protéger du temps pour les clients et de s'appuyer sur un regard technique pour la faisabilité. À ce stade, la roadmap est d'abord une liste d'hypothèses à valider, pas un calendrier de livraisons, et j'en montre un exemple concret dans cet exemple de roadmap pour une startup early stage.

Quand le produit est technique par nature, confier la roadmap au CTO se défend. Il faut alors lui adjoindre un contre-pouvoir côté usage : un fondateur qui continue d'aller voir les clients, ou un premier profil produit qui porte la discovery.

Après le product-market fit, autour de dix à quinze personnes, le product manager senior mandaté devient le montage le plus robuste. Les rôles qui l'entourent (Product Owner, Product Designer, et plus tard Head of Product) sont décrits dans les rôles d'une équipe produit en 2026. Le jour où ce PM ne trouve plus le temps de rencontrer les clients parce que les arbitrages l'absorbent, c'est le signal qu'un vrai CPO devient nécessaire, un moment que j'analyse sous un autre angle dans séparer les rôles de CTO et de CPO.

Et maintenant ?

Où en êtes-vous ?

Choisissez la situation qui vous ressemble. Pour chacune : ce que je vous conseille de lire, et ce que je peux faire avec vous.

  1. Personne en interne ne sait arbitrer la technique

    Les choix se prennent sans vous, et vous en découvrez les effets après coup.

  2. Je dois recruter mes premiers profils techniques

    Le premier recrutement conditionne tous les suivants.

  3. Mon prestataire est le seul à connaître mon produit

    Personne en interne ne sait reprendre le code ni les serveurs.

Prendre RDV