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Faut-il un CTO pour lever des fonds ?

Rémi Alvado
Rémi AlvadoCTO & CPO Fractional · 20 ans d'expérience
Publié le•4 min de lecture

Faut-il un CTO pour lever des fonds ? Ce que les investisseurs attendent en pré-seed, seed et série A, et pourquoi son absence n'est pas rédhibitoire tôt.

Faut-il un CTO pour lever des fonds ?

« Aucun fonds ne me prendra au sérieux sans CTO. » J'entends cette phrase chez beaucoup de fondateurs non techniques, et elle a des conséquences très concrètes : une levée repoussée de plusieurs mois le temps de trouver l'associé technique idéal, ou une grosse part du capital cédée au premier développeur venu pour remplir la case de l'organigramme. Dans les deux cas, on paie cher une croyance à moitié vraie.

Non, pas à tous les stades. En pré-seed, l'absence de CTO n'est pas rédhibitoire si vous savez montrer qui construit le produit et citer un référent technique crédible. En seed, les fonds attendent une personne identifiée qui porte la tech, pas forcément salariée. En série A, un CTO en poste, engagé dans la durée, devient presque incontournable.

Le format qui fait souvent le lien entre ces stades est décrit dans le guide du CTO fractionnel. Les critères techniques que les investisseurs examinent sont traités ailleurs : avant le premier rendez-vous dans ce que regardent les investisseurs en tech, et pendant l'audit dans la due diligence technique. Ici, une seule question : faut-il quelqu'un au titre de CTO, et à partir de quand.

Ce que cache la question « qui est votre CTO ? »

Quand un investisseur pose cette question, il ne vérifie pas un intitulé de poste. Il mesure un risque d'exécution : qui, dans cette entreprise, va transformer son argent en produit, recruter les développeurs qu'il faut et éviter que la technique devienne le goulot de la croissance. Un titre de CTO ne répond pas à ce risque. Une réponse claire et vérifiable, si.

C'est pour cela que la même absence de CTO passe sans difficulté dans un dossier et bloque dans un autre. Ce qui inquiète un fonds n'est pas la case vide, c'est le flou autour : un produit construit par une agence dont personne ne suit le travail, un code dont la propriété n'est pas établie, un fondateur incapable d'expliquer ce que fait son produit et ce qu'il reste à bâtir avec l'argent levé.

Par stade, ce que les investisseurs attendent vraiment

01

Pré-seed : une équipe, pas un organigramme

À ce stade, on investit sur des fondateurs, une vision et un premier signe que le produit peut exister. Le risque dominant est le marché, pas la montée en charge. Personne n'attend un CTO à plein temps : on attend que vous sachiez dire qui construit, montrer un prototype ou un MVP qui tourne, et prouver que le code vous appartient. Un référent technique que vous pouvez citer, voire faire intervenir sur une question pointue, suffit largement. Les business angels, souvent d'anciens entrepreneurs, savent qu'un associé technique se trouve rarement en trois mois, et qu'un mauvais associé coûte plus cher qu'une absence. Ce qui se voit en revanche immédiatement, c'est un fondateur qui a délégué toute la technique sans la comprendre.

02

Seed : une personne qui porte la tech

Les montants grimpent, et avec eux l'exigence. Il faut un nom : cofondateur technique, CTO fractionnel impliqué depuis des mois ou lead dev solide et encadré. Et, dans l'usage des fonds, un plan clair pour la suite.

03

Série A : un CTO en poste

La levée finance une accélération du delivery. Les fonds veulent un CTO présent, engagé sur plusieurs années, qui tiendra l'audit technique et une équipe en croissance. Quelques jours par semaine ne suffisent plus.

La logique reste la même d'un stade à l'autre : plus le chèque grossit, plus l'investisseur veut la preuve que quelqu'un tiendra l'exécution, et moins il se contente d'une promesse.

Pourquoi « pas de CTO » n'est pas rédhibitoire en pré-seed

Un tour de pré-seed finance souvent la preuve elle-même : le MVP, les premiers utilisateurs, les premiers signaux de marché. Exiger un CTO à ce moment, c'est demander la structure d'une entreprise qui n'a pas encore prouvé qu'elle devait exister. Les investisseurs de ce stade le savent. Ils regardent d'abord si le fondateur est lucide et si ce qu'il montre réduit une incertitude, un raisonnement que je détaille dans prototype ou MVP pour convaincre un investisseur.

Un fondateur que j'accompagnais avait repoussé sa levée de huit mois en cherchant un associé technique, persuadé que les fonds l'exigeaient. Les deux business angels qui ont finalement signé n'ont posé que deux questions sur la technique : qui avait construit le prototype, et à qui appartenait le code. Il avait les deux réponses depuis le début.

Ce qui fait vraiment dérailler une levée à ce stade n'est donc pas l'absence de CTO. C'est un produit qu'on ne sait pas raconter, une dépendance totale à un prestataire, ou une propriété intellectuelle mal établie. Trois sujets qui se règlent sans recruter personne, et d'autant plus facilement que vous levez sur un produit déjà construit plutôt que sur une idée, comme je l'explique dans lever des fonds avant ou après le MVP.

Préparer la marche suivante pendant la levée

La vraie erreur n'est pas de lever sans CTO en pré-seed ou en seed. C'est de ne pas avoir prévu quand et comment il arrivera. Un investisseur de seed sait que la série A exigera un CTO en poste : il veut voir que vous le savez aussi, et que le budget figure dans votre plan de financement.

4 à 6 moisla durée courante d'un recrutement sérieux de CTO : le lancer quand la série A se prépare, c'est déjà trop tard

En pratique, cela veut dire trois choses. Écrire dans votre dossier de levée le profil technique que vous recruterez, et à quel jalon. Lancer ce recrutement dès que le tour est signé, pas quand les auditeurs du tour suivant frappent à la porte. Et, dans l'intervalle, garder un interlocuteur technique crédible, impliqué assez tôt pour bien connaître le produit : c'est lui qui répondra aux questions des fonds, puis qui aidera à choisir la personne qui prendra le poste.

Et maintenant ?

Où en êtes-vous ?

Choisissez la situation qui vous ressemble. Pour chacune : ce que je vous conseille de lire, et ce que je peux faire avec vous.

  1. J'ai une idée validée mais pas encore de produit

    Il faut construire la première version, et la construire juste.

  2. Je prépare une levée dans les prochains mois

    Les investisseurs regarderont votre technique de près.

  3. Mon produit est sorti, mais rien ne décolle

    Reste à savoir si c'est le produit, le marché, ou la façon de mesurer.

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