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Reprendre la main sur son prestataire informatique

Rémi Alvado
Rémi AlvadoCTO & CPO Fractional · 20 ans d'expérience
Publié le•4 min de lecture

Votre prestataire informatique ne répond plus et tient vos accès, votre code, vos contrats ? Les 4 leviers pour reprendre la main sans tout casser.

Reprendre la main sur son prestataire informatique

Les demandes restent sans réponse. La petite évolution réclamée au printemps n'est toujours pas livrée. Chaque devis semble plus cher que le précédent. Vous aimeriez changer de prestataire, et c'est là que vous réalisez que vous ne savez pas où est hébergé votre logiciel, ni qui détient le mot de passe de votre nom de domaine, ni si le code vous appartient.

Pour reprendre la main sur un prestataire informatique qui ne répond plus, n'annoncez pas la rupture tout de suite. Récupérez d'abord vos accès, puis le code et la documentation, relisez le contrat pour connaître vos droits réels, et faites évaluer l'existant par un regard indépendant. Avec ces quatre leviers en main, vous pouvez renégocier ou partir sans risque pour votre activité.

Le choix d'un nouveau prestataire est un autre sujet, traité dans comment choisir un prestataire informatique en PME. Ici, le prestataire est déjà en place, et c'est lui qui tient les clés. Pour situer ce chantier dans l'ensemble de votre démarche, tout est dans le guide de la digitalisation PME.

Comment on en arrive là

Personne ne signe en se disant qu'il va devenir captif. La dépendance s'installe par petites facilités. Le nom de domaine a été acheté par le prestataire « pour aller plus vite ». Le serveur est à son nom parce qu'il s'en occupe. Le développeur qui connaissait l'outil est parti, et la documentation n'a jamais existé. Dix ans plus tard, l'entreprise paie un abonnement pour un logiciel dont elle ne maîtrise rien.

C'est exactement la situation d'un cabinet de courtage en assurance d'une trentaine de personnes qui m'a appelé l'an dernier. Son outil de gestion des contrats avait été développé par une petite société locale, rachetée depuis. Les délais de réponse s'étaient allongés à plusieurs semaines, les tarifs avaient doublé, et le dirigeant ne savait même pas s'il avait le droit de confier le logiciel à quelqu'un d'autre.

Le vrai déséquilibre : il sait, vous ne savez pas

Dans ce genre de relation, le problème n'est presque jamais la malveillance. C'est l'asymétrie d'information. Le prestataire sait où tout se trouve, combien de temps prend une intervention, ce qui est fragile dans l'outil. Vous, non. Tant que ce déséquilibre existe, chaque négociation tourne à son avantage, même s'il est de bonne foi, parce que vous ne pouvez ni vérifier ce qu'il dit ni envisager sérieusement de partir. Reprendre la main, c'est d'abord réduire cet écart : savoir ce que vous possédez, où il se trouve, et ce qu'il faudrait pour le confier à un autre.

Avant tout, ne pas claquer la porte

Le réflexe naturel, quand on est exaspéré, est d'envoyer une lettre de résiliation. C'est la pire façon de commencer. Un prestataire qui se sait sur le départ a peu de raisons de faciliter la transition, et vous risquez de vous retrouver sans support avec un outil dont vous n'avez ni les accès ni le code.

Les quatre leviers pour reprendre la main

L'ordre compte. Chaque levier rend le suivant plus facile, et les deux premiers peuvent souvent être actionnés sans que la relation se tende.

Récupérer vos accès

Dressez la liste de tout ce qui a un identifiant : nom de domaine, messagerie, hébergement, serveurs, sauvegardes, comptes chez les éditeurs de logiciels. Demandez que chaque compte soit à votre nom, avec le prestataire en simple délégation. La demande se formule sans conflit : votre assureur, votre expert-comptable ou votre plan de continuité l'exigent, et c'est souvent vrai.

Récupérer le code et la documentation

Si le logiciel a été développé pour vous, demandez le code source complet sur un dépôt dont vous êtes propriétaire, avec les procédures d'installation et de déploiement. Qu'il vous appartienne ou non dépend du contrat, et le sujet est plus subtil qu'il n'y paraît : j'y reviens juste après ces quatre leviers.

Relire le contrat pour connaître vos droits

Cherchez quatre clauses : la cession des droits sur ce qui a été développé, la réversibilité (ce que le prestataire doit faire pour faciliter un changement), les engagements de délai de réponse, et les conditions de résiliation. Si des engagements ne sont pas tenus, une relance écrite qui les cite précisément change souvent le ton de la relation.

Faire évaluer l'existant par un regard indépendant

Un tiers technique qui n'a rien à vous vendre regarde l'état de l'outil, sa documentation, l'hébergement, et répond à deux questions : un autre prestataire peut-il reprendre, et à quel coût ? C'est cette évaluation qui transforme une impression de blocage en options chiffrées.

Le point juridique mérite qu'on s'y arrête : payer un développement ne suffit pas à en posséder le code, comme je l'explique dans à qui appartient le code de mon app. Mieux vaut le savoir avant d'annoncer quoi que ce soit.

Renégocier ou partir

Une fois ces quatre leviers actionnés, vous n'êtes plus dans la même position. Vous savez ce que vous possédez et ce que coûterait un changement. Deux voies s'ouvrent alors, et la première est plus fréquente qu'on ne le croit.

La première est de renégocier. Beaucoup de prestataires, face à un client qui a récupéré ses accès et connaît ses droits, redeviennent réactifs. Formalisez alors ce qui manquait : des délais de réponse écrits, un interlocuteur identifié, une documentation livrée à chaque évolution. Le courtier dont je parlais a choisi cette voie, et la relation a tenu, sur des bases enfin équilibrées.

La seconde est de partir proprement. On organise une période de recouvrement pendant laquelle l'ancien prestataire transmet sa connaissance au nouveau, en général contre rémunération, et on bascule quand le nouveau a démontré qu'il sait faire tourner l'outil. Selon la complexité, cette transition prend de quelques semaines à quelques mois. C'est aussi le moment de poser les garde-fous qui éviteront de revivre la situation, ceux que je décris dans garder le contrôle de son produit délégué.

Dans les deux cas, la situation ne se reproduit que si personne ne pilote la relation dans la durée. C'est l'un des rôles d'un DSI à temps partagé : tenir les accès, les contrats et les prestataires, pour que la dépendance ne se reconstruise pas en silence.

Et maintenant ?

Où en êtes-vous ?

Choisissez la situation qui vous ressemble. Pour chacune : ce que je vous conseille de lire, et ce que je peux faire avec vous.

  1. Mon entreprise doit se digitaliser, sans savoir par quel bout

    Commencer par ce qui rapporte, pas par l'outil le plus visible.

  2. Mon prestataire est le seul à connaître mon produit

    Personne en interne ne sait reprendre le code ni les serveurs.

  3. Personne en interne ne sait arbitrer la technique

    Les choix se prennent sans vous, et vous en découvrez les effets après coup.

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